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Créer, se créer
La réalisation par l’expression picturale
Gérald Quitaud
Éditions Jouvence, 2001 |
INTRODUCTION
« L’homme doit agréer
son destin et non le subir.
L’homme soit se lever et dire tout haut : oui, je choisis
de naître. Aussi longtemps que nous n’avons pas dit ce oui,
nous ne fêterons pas de noces . »
Christianne Singer
L’ambiguïté de la naissance
Nous ne sommes pas nés, et le seul fait d’être venus
au monde ne signifie en rien que notre naissance véritable ait
eu lieu.
Ce qui est pour nous la naissance atteste simplement que notre incarnation
s’est effectuée, que nous sommes apparus aux yeux du monde,
sur la scène de l’univers. Nos congénères
peuvent alors nous voir, nous toucher, nous aimer ou nous haïr et
ainsi nous assurer qu’un certain commencement a bien eu lieu. Nous
avons pris forme, pris place, pris naissance comme le feu germe entre
les brindilles, comme le vent s’éveille dans les rameaux,
comme le sourire se glisse entre les lèvres.
Pourtant, cette naissance
n’est pas la nativité du soi ;
il lui manque la réalisation : l’homme naît non
réalisé.
Quels que soient les Enseignements spirituels et leurs diverses formulations
(non réalisé, non accompli, non unifié, non libéré,
etc.), nous sommes confrontés à une même assertion, étrange
et fascinante : l’homme arrive au monde en vue de se construire.
Tous les préceptes de sagesse, orientale et occidentale, affirment
que notre naissance met au monde uniquement notre être organique,
déjà porté par sa psychologie. Notre conscience
de vivre, à cet instant, n’a d’autre réalité que
notre volonté de survie et notre développement physiologique,
affectif et intellectuel, inscrit dans le temps et l’espace de
notre apparition. Malgré l’énorme bagage d’hérédité inconsciente et d’instincts génétiques que notre venue au monde
apporte avec elle, nous ne sommes alors qu’un extraordinaire processus
métabolique et relationnel rendu visible à autrui par la
naissance et désormais soumis aux lois de notre environnement.
Notre naissance ne prouve donc pas que nous existons au sens
spirituel
du terme, mais simplement que nous vivons au sens biologique du mot,
que nous sommes présents, ici et maintenant et en vie.
Le processus naturel de la naissance nous apparaît donc comme dénué de
tout contenu spirituel indiquant connaissance de soi ou inconscience
du sens à donner à notre vie. Hormis la vérité initiale
de notre naissance, rien n’atteste que notre conscience d’être
dépasse à ce moment notre simple sensation de vivre.
Ce n’est pas chose aisée que d’accepter pareille
proposition : « l’homme
naît non réalisé », car elle semble contredire
voire annihiler le sens même de la naissance. Ce n’est sans
doute qu’un sophisme pour la plupart d’entre nous qui voyons
dans la naissance la raison certaine et suffisante de ce pourquoi nous
sommes là. N’y aurait-il alors aucune différence
entre vivre et être ? Toutes nos certitudes sur la Vie seraient-elles
fondues et confondues dans le seul monde de l’existence ?
La vie ne serait-elle que le flux continu de notre incarnation dans le
monde, ou le fruit du hasard, ou issu au contraire d’un déterminisme
lié à une forme d’innocence inexplicable ?
L’espace vacant de l’être
Ce livre se propose humblement d’ébranler de telles certitudes
et d’influer sur notre commune perception de ce que nous croyons être
la réalité. Il désire montrer qu’il existe
dans notre vie quotidienne des attitudes nouvelles qui visent à expliquer
et ressentir autrement notre vécu.
Si nous considérons la vie de chaque être, en faisant abstraction
de son caractère unique lié à la biographie individuelle,
nous voyons qu’il émane de toutes ces vies les mêmes
tensions vers la souffrance et le bonheur, les mêmes besoins
psychologiques, états
d’âme, peurs, maladies… la même mort. Tout un
réseau d’« existentialité » nous
unit, qui atteste l’extraordinaire fécondité qu’à notre
vie quotidienne pour nous apprendre à entretenir avec la réalité une
relation différente, plus créative.
L’auteur suggère que nous sommes nés afin d’accomplir
quelque chose à partir de ce que nous vivons, en prenant comme
objet les données de notre conscience et le vécu des expériences
qui forment les composantes de notre vie.
À la naissance, vierge et absolu, c’est un « espace »,
individuel, totalement à découvrir et à explorer,
en partant de cet inconnu qui est nous-mêmes, un état de
conscience qui n’envoie ni signe de sa présence, ni appel
certain à entreprendre sa quête.
Se réaliser
Se réaliser, accomplir la part d’inconnue, d’éternité qui
est en soi ne s’avère possible qu’à la condition
de travailler à se connaître en totalité. Toutefois,
l’expérience montre que cette connaissance de soi ne peut être
vécue sans l’aide d’un médiateur et d’un
accompagnement ; le médiateur est constitué par les
vecteurs et les outils qui nous permettent d’accéder à notre
propre intériorité, et l’accompagnement par l’aide
d’un guide dont c’est le métier que de procéder à cette
exploration.
Ce livre présente les fruits d’une pratique grâce à laquelle
cette aventure souterraine est rendue possible pour la plupart d’entre
nous.
Au moins trois vecteurs essentiels peuvent, me semble-t-il, nous ramener à cette
quête de l’être :
- la méditation
- l’analyse des rêves
- la création picturale
Nous traiterons ici du moins connu de ceux-ci, l’expression
picturale,
qui constitue le sujet du livre et le lieu de mon expérience personnelle
et professionnelle.
L’expression picturale est une voie royale vers
la quête
spirituelle, tant se conjuguent en elle dimensions symbolique, psychologique
et biographique. Chaque œuvre créée devient la matérialisation
de notre degré d’avancement ainsi que le marqueur sans concession,
de nos souffrances passées non résolues.
Pour chaque œuvre,
nous pouvons savoir d’où nous venons, où nous en
sommes de notre cheminement et ce qui reste à parcourir pour atteindre
le but. L’expression picturale ne permet ni tricherie
ni mensonge car elle exprime la réalité vécue, la
vérité débarrassée
de nos illusions intellectuelles, ce que nous sommes réellement
et non ce que nous aimerions être.
Si l’aspect spirituel de votre vie ne vous apparaît pas essentiel,
si votre histoire personnelle vous semble sans rapport avec ce que vous êtes
aujourd’hui, si la dimension symbolique qui est en vous ne vous
attire pas, alors cet ouvrage ne vous concerne pas pour l’instant.
Par contre, si vous sentez vibrer en vous le souffle de l’ineffable,
si vous percevez le germe de votre être profond, si vous ressentez
la nécessité de vous connaître davantage, cette lecture
peut vous aider à progresser dans la découverte de vous-même.
« La poussée et la contrainte à se réaliser
soi-même sont une loi naturelle, par conséquent sont une
force insurmontable même quand le début de leur action est
de prime abord imperceptible et invraisemblable. »
C.G.Jung
« Je n’invente rien, j’écoute avec étonnement
des hommes et des femmes qui me parlent de leur expérience, laquelle
ne peut être comprise que comme manifestation d’une réalité transcendante.
Cette transcendance n’est plus ici le contenu d’une croyance
mais le contenu d’une expérience.»
K.G Durckheim
« Le verbe “être” au présent, c’est
la voix de la vérité. Le conditionnel passé “j’aurais
dû” est la voix de l’illusion. Acceptez ce qui est
et essayez de comprendre plutôt que de souhaiter que ce soit différent.
La vérité fondamentale, c’est que toutes les choses
sont différentes et aussi changeantes. Percevez donc cette différence
et ce changement et adaptez – vous en conséquence. Quand
vous pouvez vous adapter à tant de choses, vous devenez vous-même
unique et tout devient Brahman. C’est seulement votre petit moi
qui crée des conflits. Dépassez ce petit moi et vous trouverez
une paix qui dépasse l’entendement. Seule la vérité triomphe,
l’illusion jamais. »
S. Prajnanpad
« Quelle forme de connaissance l’ignorance est-elle
capable de concevoir ? »
A. Desjardins
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